Téléphone, ordinateur, enceinte, perceuse sans fil, trottinette, vélo : chaque foyer français possède en moyenne 19 appareils équipés de batteries lithium-ion, selon une étude d’Assurance Prévention publiée en juin 2025. Le même travail révèle un chiffre qui donne à réfléchir : 84 % des Français adoptent fréquemment au moins un comportement à risque avec ces batteries, souvent sans le savoir. Et 72 % se sentent mal informés sur le sujet. Autrement dit, le danger n’est pas dans la technologie : il est dans la manière dont nous l’utilisons au quotidien.
La réponse, d’abord, en quatre gestes. Pour prévenir un incendie de batterie lithium chez soi, il faut : ne jamais recharger sans surveillance (surtout la nuit), utiliser uniquement le chargeur d’origine, stocker ses engins électriques hors des couloirs d’évacuation, et équiper son logement d’un détecteur de fumée performant.
Ces réflexes simples écartent l’essentiel du risque. Encore faut-il comprendre pourquoi une batterie s’enflamme, quels engins surveiller en priorité et quels équipements installer. C’est tout l’objet de ce guide, nourri de notre expérience de terrain et des recommandations officielles les plus récentes.
Pourquoi les batteries lithium prennent-elles feu ?
Pour bien se protéger, il faut comprendre le phénomène en cause. L’emballement thermique est une réaction chimique en chaîne qui permet à une batterie lithium d’atteindre 700 à 800 °C en quelques secondes, provoquant un feu ou une explosion difficile à maîtriser. Une fois enclenché, il s’auto-alimente : l’électrolyte inflammable et l’oxygène libéré nourrissent les flammes, sans qu’il soit possible de les étouffer comme un feu ordinaire.
Les causes les plus fréquentes :
Un choc ou un endommagement physique, comme une chute de trottinette, qui fragilise les cellules en interne.
Une surcharge électrique, liée à un chargeur non conforme ou à un système de gestion (BMS) défaillant.
Une exposition à la chaleur, comme une voiture fermée en plein été ou un appareil posé près d’un radiateur.
Le vieillissement des cellules, qui crée des micro-courts-circuits internes au fil des cycles de recharge.
Un défaut de fabrication, souvent sur des batteries de mauvaise qualité, non certifiées CE.
Un danger souvent ignoré : un incendie peut survenir plusieurs heures après un choc. Les dégâts internes évoluent de manière invisible, et une batterie endommagée peut s’enflammer alors que l’appareil semblait fonctionner normalement.
L’INRS résume bien l’enjeu : « Compte tenu de la nature du phénomène et des risques, la première intervention en cas d’incendie à l’aide d’un extincteur n’est pas recommandée. » La stratégie repose donc sur l’isolement du risque, l’évacuation et l’alerte des secours, pas sur l’affrontement direct du feu.
Trottinette et vélo électrique : les risques sous-estimés à domicile
C’est ici que le danger est le plus mal évalué. Contrairement à une voiture garée dehors, la trottinette et le vélo à assistance électrique (VAE) sont rechargés au cœur des espaces de vie : entrée, couloir, salon. En cas de départ de feu, les fumées toxiques se propagent en quelques minutes et peuvent bloquer la seule voie de sortie. L’incendie d’un immeuble de Reims en juin 2025, qui a coûté la vie à quatre personnes et pour lequel une trottinette électrique en charge était suspectée, illustre tragiquement cette réalité.
Les chiffres confirment la progression du phénomène. En France, le nombre d’incendies impliquant des batteries lithium a presque été multiplié par six entre 2017 et 2024, selon la Fondation MAIF pour la Recherche. À l’échelle européenne, on recensait 171 incendies de vélos électriques en 2025, et 206 en incluant les trottinettes.
Les erreurs que nous rencontrons le plus souvent :
recharger l’engin dans le couloir ou devant la porte d’entrée, au risque d’obstruer l’évacuation ;
laisser charger toute la nuit, sans surveillance possible en cas de surchauffe ;
utiliser un chargeur générique acheté en ligne, sans certification CE ;
stocker la trottinette dans la cage d’escalier d’un immeuble, espace commun et voie de fuite ;
remettre une batterie en charge juste après un choc, sans inspection préalable.
Les Services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) le martèlent : on ne charge jamais un engin électrique dans une voie d’évacuation, et on reste à proximité pendant la recharge.
Voiture électrique : un risque différent, mais bien réel
Disons-le pour éviter les idées reçues : statistiquement, la voiture électrique brûle moins souvent qu’un véhicule thermique. On estime qu’environ une voiture électrique sur 15 000 est concernée par un incendie de batterie. Le risque existe néanmoins, et il présente des spécificités utiles à connaître.
La principale particularité tient à la ré-inflammation. Une batterie de véhicule électrique peut reprendre feu jusqu’à 48 à 72 heures après un accident ou une première extinction, le temps que la chaleur se propage de cellule en cellule. C’est pourquoi les pompiers appliquent un périmètre de sécurité élargi et des moyens de refroidissement importants.
Quelques précautions pour les propriétaires de véhicules électriques :
éviter de garer le véhicule dans un garage fermé accolé à l’habitation s’il a subi un choc récent ;
recharger sur une borne homologuée IRVE, installée par un professionnel certifié ;
proscrire les multiprises et prises domestiques classiques pour une recharge régulière.
Pour visualiser ces différences d’un coup d’œil :
Type d’engin
Capacité batterie
Risque d’emballement
Lieu de charge à risque
Délai de ré-inflammation
Trottinette électrique
150 à 500 Wh
Très élevé si chargeur non conforme
Couloir, salon
Immédiat à 2 h
Vélo électrique (VAE)
300 à 700 Wh
Élevé
Garage, couloir
2 à 12 h
Voiture électrique
40 à 100 kWh
Faible mais spectaculaire
Garage, parking
24 à 72 h
Les 9 règles d’or de la DGCCRF à appliquer dès aujourd’hui
En novembre 2024, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a publié neuf recommandations officielles. Elles constituent une base de prévention solide, valable aussi bien pour la trottinette que pour la perceuse sans fil.
respecter les consignes du fabricant (plages de température, cycles de charge) ;
utiliser exclusivement le chargeur d’origine ou un modèle certifié CE ;
ne jamais charger sur une surface inflammable (tapis, bois, literie) ;
ne pas obstruer les issues de secours pendant la charge ;
débrancher l’appareil une fois la charge terminée ;
surveiller toute surchauffe anormale pendant la recharge ;
vérifier les rappels de produits sur rappel.conso.gouv.fr ;
ne jamais utiliser une batterie gonflée, fissurée ou dégageant une odeur ;
recycler les batteries en fin de vie en déchetterie ou en point de collecte, jamais à la poubelle.
À ces gestes s’ajoute une bonne pratique de stockage recommandée par Assurance Prévention : maintenir la charge entre 20 % et 80 % pour un usage quotidien, entre 30 % et 50 % pour un stockage prolongé, dans un endroit sec et ventilé, entre 10 et 25 °C, loin de toute source de chaleur.
Quels équipements installer pour détecter un départ de feu ?
La prévention par les gestes ne suffit pas toujours : encore faut-il être alerté à temps si un incident survient en votre absence ou pendant votre sommeil. C’est là que la détection prend tout son sens, et c’est notre cœur de métier.
Pour les particuliers
Trois équipements à connaître :
Le détecteur autonome avertisseur de fumée (DAAF), obligatoire dans tous les logements, à installer aussi dans la pièce où vous rechargez vos engins électriques.
Le détecteur de chaleur, adapté au garage ou au local technique, où vapeur et poussière gênent un détecteur de fumée.
L’alarme connectée, qui transmet une alerte sur votre smartphone, même quand vous êtes absent.
Bon à savoir : un feu de batterie déjà déclaré ne s’éteint pas avec un extincteur classique. Eau, poudre et CO2 sont inefficaces, car la batterie produit son propre comburant. La détection précoce et l’évacuation restent donc vos meilleures protections mais de nouveaux dispositifs dédiés émergent, comme nous le voyons ci-dessous.
Les dispositifs spécifiques aux feux de batterie : ce qui change en 2026
L’année 2026 marque un tournant normatif. Depuis janvier, la norme internationale ISO 3941:2026 reconnaît officiellement une nouvelle catégorie d’incendie : la classe L, dédiée aux feux de batteries lithium-ion. Ces feux étaient jusque-là rattachés par défaut à d’autres classes, inadaptées à leur nature électrochimique. Cette reconnaissance ouvre la voie à des équipements pensés pour ce risque. À noter toutefois : la classe L définit le risque, mais aucune norme ne fixe encore les performances des extincteurs adaptés.
Trois familles de dispositifs se distinguent aujourd’hui :
L’extincteur AVD (dispersion aqueuse de vermiculite), considéré comme l’agent portable le plus adapté aux feux de batterie : il refroidit les cellules puis forme une barrière minérale qui freine l’emballement thermique et limite les gaz toxiques.
Les couvertures ignifuges, dispositifs de confinement, et non d’extinction : elles contiennent flammes et fumées et empêchent la propagation aux engins ou véhicules voisins, mais ne stoppent pas la réaction interne. Il en existe pour trottinette, VAE et voiture.
Les sacs et conteneurs de confinement, destinés aux petites batteries (drones, trottinettes), pour isoler une batterie suspecte ou en début d’emballement. Utiles dans les ateliers de réparation et chez les loueurs.
Pour les voitures électriques, la méthode validée par les pompiers reste le refroidissement massif par immersion ou bâche de confinement. Autrement dit : à domicile, mieux vaut investir dans la détection et le confinement que dans l’illusion d’éteindre soi-même un tel feu.
Pour les professionnels : garages, loueurs, entrepôts, ERP
Côté entreprise, le risque change d’échelle. Dans sa fiche pratique ED 160 publiée en octobre 2025, l’INRS recommande une organisation rigoureuse autour de la charge et du stockage.
aménager un local de charge dédié, ventilé et résistant au feu ;
l’équiper d’un système de surveillance ou de détection permettant de donner l’alarme rapidement ;
garantir une installation électrique conforme, avec circuits dédiés et coupure d’urgence ;
mettre en place des mesures organisationnelles : consignes écrites, formation, affichage.
Pour répondre à ces besoins, nous installons et entretenons des solutions de détection incendie adaptées : détecteurs de fumée et de chaleur, alarmes incendie de type 4 pour les établissements recevant du public, et dispositifs de surveillance pour les locaux de charge. Nous accompagnons les particuliers, les professionnels, ainsi que les collectivités et établissements publics.
Vos questions fréquentes sur les incendies de batterie lithium
Peut-on éteindre soi-même un incendie de batterie lithium ?
Un extincteur classique (eau, poudre, CO2) est inefficace sur un emballement thermique déjà déclaré. Depuis 2026, la classe L (ISO 3941) reconnaît ce risque et l’agent AVD est jugé le plus adapté, mais la priorité reste d’évacuer, fermer les portes, appeler le 18 ou le 112 et alerter les voisins.
Est-il dangereux de charger sa trottinette électrique la nuit ?
Oui, c’est fortement déconseillé. DGCCRF, SDIS et assureurs recommandent de ne jamais charger une batterie lithium pendant le sommeil ou en l’absence du domicile : vous ne pourriez pas réagir à temps.
Mon détecteur de fumée suffit-il à me protéger ?
Le DAAF obligatoire est un premier niveau de protection. Pour les zones de charge (garage, local technique), ajoutez un détecteur supplémentaire, voire un détecteur de chaleur, pour une détection plus rapide.
Faut-il assurer spécifiquement les engins électriques ?
Vérifiez votre contrat d’assurance habitation : certains sinistres liés aux batteries lithium peuvent être exclus ou sous-assurés. Les assureurs intègrent peu à peu des clauses dédiées à ce risque émergent.
Où recycler une batterie de trottinette ou de vélo électrique ?
En déchetterie ou dans les bacs de collecte en magasin. Ne la jetez jamais avec les ordures ménagères : le compactage dans les camions provoque régulièrement des incendies.
En résumé : la prévention reste votre meilleure protection
Les batteries lithium ont transformé notre quotidien et ne sont pas près de disparaître. Le bon réflexe n’est pas de les craindre, mais de les utiliser en connaissance de cause : un chargeur d’origine, une recharge surveillée, un stockage à l’écart des voies d’évacuation et une détection fiable suffisent à écarter l’essentiel du risque.
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Sources
[1] Assurance Prévention (France Assureurs), « Batteries lithium-ion : des usages au quotidien, mais des risques sous-estimés », étude Calyxis, juin 2025.
[2] DGCCRF, recommandations de sécurité sur l’usage des batteries lithium-ion, novembre 2024.
[3] INRS, fiche pratique de sécurité ED 160, « Batteries lithium-ion des équipements sur les lieux de travail », octobre 2025.
[4] Fondation MAIF pour la Recherche, données sur l’évolution des incendies de batteries lithium en France (2017-2024).
[5] France Assureurs, tests sur la température atteinte par les batteries de trottinettes, 2024.
[6] Assemblée nationale, question écrite n° 10324 sur les incendies liés au rechargement des trottinettes électriques en intérieur, 2025-2026.
[7] Ministère de l’Intérieur, Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises, statistiques incendie, 2024.
[8] EU Reporter, recensement européen des incendies de cycles électriques, mars 2026.
[9] ISO 3941:2026, « Classification des feux », introduction de la classe L pour les batteries lithium-ion, janvier 2026.
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